Récupérer l'eau de pluie

La préservation de l'eau est l'un des grands enjeux du siècle : la demande mondiale double environ tous les 30 ans, et les épisodes de restriction se multiplient en France. Récupérer l'eau de pluie répond à la fois à un besoin économique et à un intérêt collectif.
Un double bénéfice
L'économie d'eau potable est le motif le plus visible : arrosage, lavage, alimentation des toilettes représentent une part importante de la consommation domestique, et aucun de ces usages n'exige une eau traitée pour la boisson.
Le second bénéfice est moins connu et tout aussi réel : une cuve retient l'eau pendant les fortes pluies et la restitue lentement. Multipliée à l'échelle d'un quartier, cette rétention soulage les réseaux et limite les inondations urbaines. Certaines collectivités subventionnent d'ailleurs l'installation pour cette raison.
Aérien ou enterré

Le récupérateur aérien se raccorde à une descente de gouttière par un collecteur. Il coûte peu, s'installe en une heure, se vide en hiver pour éviter le gel, et sa capacité dépasse rarement quelques centaines de litres. C'est la solution du jardin d'agrément.
La cuve enterrée demande un terrassement et un budget sans commune mesure. En contrepartie, sa capacité se compte en milliers de litres, elle est protégée du gel et de la lumière, donc des algues, elle ne se voit pas, et elle permet d'alimenter la maison.
Le critère décisif n'est pas le prix mais l'usage : arroser un potager ne demande pas la même réserve qu'alimenter des toilettes et un lave-linge toute l'année.
Dimensionner
Le calcul part de la surface de toiture en projection horizontale, multipliée par la pluviométrie annuelle locale et par un coefficient de perte, de l'ordre de 0,8 pour une toiture en tuiles, moins pour une toiture végétalisée.
Ce volume potentiel se compare ensuite au besoin, et l'on retient le plus petit des deux : une cuve surdimensionnée par rapport à la pluie disponible ne se remplit jamais, une cuve surdimensionnée par rapport au besoin dort.
Un ordre de grandeur courant : 3 à 6 mètres cubes pour un usage domestique complet sur une maison individuelle, quelques centaines de litres pour le seul arrosage.
Filtration et circuit d'eau de pluie
Trois étages se succèdent. Un filtre avant cuve retient feuilles et sédiments. Un dispositif d'arrivée calmée évite de remettre en suspension les dépôts du fond, et une surverse siphoïde empêche les odeurs et les insectes. Une crépine flottante prélève l'eau quelques centimètres sous la surface, là où elle est la plus propre.
Pour un usage intérieur s'ajoutent une pompe, un réseau strictement séparé du réseau d'eau potable, et un appoint en eau de ville par surverse libre, jamais par raccordement direct.
Réglementation de la géothermie
Les usages autorisés à l'intérieur du logement sont limités : évacuation des excreta, lavage des sols, et lavage du linge sous réserve d'un traitement adapté. L'eau de pluie n'est pas potable et ne doit alimenter ni les points d'eau de la cuisine, ni la salle de bains, ni un chauffe-eau destiné à l'hygiène.
La séparation totale des réseaux est obligatoire, ainsi que la signalisation de chaque point de puisage par un panonceau « eau non potable ». Une déclaration en mairie est requise dès lors que l'installation rejette au réseau d'assainissement collectif. L'entretien, nettoyage des filtres, vérification annuelle de la cuve, doit être consigné.
Le retour d'eau de pluie vers le réseau public est interdit sans exception : c'est la règle sanitaire la plus importante de toute l'installation.
Entretenir
Nettoyer les gouttières et le filtre amont 2 fois par an, en automne surtout. Vidanger et nettoyer la cuve tous les quelques années, en respectant les précautions liées au travail en espace confiné. Purger l'installation aérienne avant les gelées.
Une eau qui sent mauvais signale presque toujours un dépôt organique au fond ou une entrée d'air insuffisante : le problème vient du circuit, non de l'eau elle-même.

